Les trois conférences présentées dans les pages suivantes ont été prononcées devant un auditoire de parents et d'autres personnes intéressées par l'école élémentaire universitaire, en avril 1899. M. Dewey les a partiellement révisées à partir d'un rapport sténographique ; des modifications mineures et les légères adaptations nécessaires à l'impression ont été apportées en son absence. Ces conférences conservent donc leur caractère spontané ainsi que la force de la parole. Comme elles impliquent une connaissance plus ou moins approfondie du fonctionnement de l'école élémentaire, le commentaire complémentaire de M. Dewey a été ajouté. Une seconde édition offre une heureuse occasion de rappeler que ce petit livre est le fruit de la collaboration et de la sympathie de nombreuses personnes. Sa reconnaissance envers Mme Emmons Blaine est en partie illustrée par la dédicace. De mes amis, M. et Mme George Herbert Mead,
sont venus cet intérêt, cette attention constante aux détails et ce goût artistique qui, en mon absence, ont permis de retravailler des propos familiers jusqu'à leur publication, puis de les faire paraître sous presse, pour aboutir au résultat attrayant actuel : un mode d'écriture simplifié, que je recommande à tous ceux qui ont la chance de compter de tels amis. Ce long paragraphe devrait énumérer tous les amis dont la générosité opportune et constante a permis la création de l'école qui a inspiré et défini les idées de ces pages. Ces amis, j'en suis sûr, seraient les premiers à reconnaître l'intérêt particulier d'une mention spéciale des noms de Mme Charles R. Crane et de Mme William R. Linn. L'école elle-même, dans son travail éducatif, est une entreprise collective. Nombreux sont ceux qui ont contribué à son élaboration. L'intelligence claire et
expérimentée de mon épouse transparaît partout dans sa structure . La sagesse, le tact et le dévouement de ses instructeurs ont transformé ses plans initiaux, informes, en une forme et une substance articulées, animées par leur propre vie et leur propre mouvement. Quel que soit le résultat des idées présentées dans ce livre, la satisfaction découlant de la coopération des pensées et des actions diverses de nombreuses personnes pour entreprendre d'améliorer la vie de l'enfant sera durable. Nous avons tendance à considérer l'école d'un point de vue individualiste, comme une relation entre l'enseignant et l'élève, ou entre l'enseignant et le parent. Ce qui nous intéresse le plus, ce sont naturellement les progrès réalisés par chaque enfant que nous connaissons : son développement physique normal, ses progrès en lecture, en écriture et en calcul, ses progrès en géographie et en histoire,
ses améliorations en matière de bonnes manières, de ponctualité, d'ordre et d'assiduité. C'est à l'aune de ces critères que nous jugeons le travail de l'école. Et à juste titre. Pourtant, il est nécessaire d'élargir notre horizon. Ce que le parent le plus sage et le plus avisé souhaite pour son enfant, la communauté doit le souhaiter pour tous ses enfants. Tout autre idéal pour nos écoles est étroit et peu attrayant ; mis en pratique, il détruit notre démocratie. Tout ce que la société a accompli pour elle-même est mis, par l'intermédiaire de l'école, à la disposition de ses futurs membres. Elle espère réaliser toutes les meilleures idées qu'elle a d'elle-même grâce aux nouvelles possibilités ainsi ouvertes à son avenir. Ici, individualisme et socialisme ne font qu'un. Ce n'est qu'en étant fidèle à la pleine croissance de tous les individus
qui la composent que la société peut, par quelque chance, être fidèle à elle-même. Et dans l'auto-orientation ainsi donnée, rien ne compte autant que l'école, car, comme le disait Horace Mann, « Là où quelque chose grandit, un formateur vaut mille réformateurs ». Lorsqu'il s'agit d'aborder un nouveau mouvement éducatif, il est particulièrement nécessaire d'adopter une perspective plus large, ou sociale. Sinon, les changements dans l'institution et la tradition scolaires seront perçus comme des inventions arbitraires de certains enseignants ; au pire, comme des modes passagères, au mieux, comme de simples améliorations de détail – et c'est sur ce plan qu'il est trop souvent d'usage d'envisager les changements scolaires. Il est tout aussi rationnel de concevoir la locomotive ou le télégraphe comme des appareils personnels. Les modifications en cours dans les méthodes et les programmes d'enseignement sont autant le produit
de l'évolution de la situation sociale et un effort pour répondre aux besoins de la nouvelle société en formation, au même titre que les changements dans les modes industriels et commerciaux. C'est donc sur ce point que j'attire particulièrement votre attention : l'effort visant à concevoir ce que l'on pourrait appeler approximativement la « Nouvelle Éducation » à la lumière des changements plus vastes de la société. Pouvons-nous relier cette « Nouvelle Éducation » à la marche générale des événements ? Si nous y parvenons, elle perdra son caractère isolé et cessera d'être une affaire qui ne relève que de l'ingéniosité de pédagogues s'occupant d'élèves particuliers. Elle apparaîtra comme partie intégrante de l'évolution sociale globale et, du moins dans ses aspects les plus généraux, comme inévitable. Examinons donc les principaux aspects du mouvement social ; puis tournons-nous vers l'école pour
voir quel témoignage elle donne de ses efforts pour se mettre en conformité. Et puisqu'il est tout à fait impossible d'aborder l'ensemble du sujet, je me limiterai principalement à un élément typique du mouvement scolaire moderne : ce que l'on appelle l'apprentissage manuel, en espérant que si le lien entre celui-ci et les changements sociaux apparaît, nous serons prêts à